La graisse accumulée
Il est 14h30. Le ciel de Nancy est lourd, gris acier. La ligne de train vers le Luxembourg est encore perturbée.
Je relis le texte d'un client. Il y a trop de mots. Des phrases entières qui ne servent qu'à rassurer celui qui les écrit, pas celui qui les lit.
Pendant la période COVID, la RegTech où je travaillais a fermé. Nous avions des bureaux immenses, des abonnements annuels à des logiciels complexes et une masse salariale gonflée. Nous n'avions pas de revenus solides. Le marché s'est retourné. La boîte a disparu.
Les entreprises inefficaces meurent en premier. C'est mécanique.
Aujourd'hui, les licenciements s'enchaînent dans la tech. Les actionnaires exigent des coupes. Les entreprises réduisent la voilure.
L'argent ne s'évapore pas. Il est réaffecté. Les besoins restent. Les professionnels veulent protéger leurs revenus et réduire l'incertitude.
C'est la même chose pour l'écriture. Quand l'attention baisse et que les budgets fondent, le superflu devient un luxe inabordable. Les marques ne paient plus pour du remplissage. Elles paient pour la clarté. Elles paient pour des mots qui font gagner du temps.
C'est mon approche avec Filigrane. Je coupe. Je simplifie.
Ce matin, j'ai nettoyé la chaîne de mon vélo. La crasse bloquait les pignons. Il a suffi d'un dégraissant et de quelques coups de chiffon pour retrouver de la fluidité. Vous apprenez vite à enlever la matière morte pour avancer.
La pression économique impose la même chose aux entreprises. Elles annulent les licences inutiles. Elles arrêtent de payer pour du bruit. Elles cherchent l'essentiel.
Une crise ne détruit pas le marché. Elle crée des espaces vides pour des solutions directes. Des alternatives moins chères ou plus efficaces. Un texte court qui est compris plus vite qu'une plaquette de quarante pages.
Le document client est corrigé. Le compteur affiche trois cents mots de moins.